Un petit garçon
blond gigotait avec véhémence. Il tendait son petit bras potelé vers le bassin. Le bassin. Remplit d'une eaux chlorée, comme un poison, ça lui brûlait certainement les yeux. Il se pencha un peu
plus pour apercevoir la forme noire qui fusait dans l’eau ...
Ils finissent tous comme ça de toutes manières : atteint de la cécité. Comme ils ne sont plus bon à rien, on les jette : "hop !" ça en fera un peu plus pour le déjeuner !
"Non ce n'est pas cruel voyons ! C'est normal..."
C'est ce que lui avait dit le dresseur. Il travaillait depuis une quinzaine d'années dans le parc. Il en avait vu passé des animaux. Il était celui qui devait tout lui apprendre du métier (ou du moins pour ce qu'elle devait en savoir pour ces deux mois de stage saisonniers.
Il n'y avait rien de mal à cela au fond... Ils n'étaient pas comme nous et ne comprenez rien si non le bâton et la carotte...
Tout cela était débité sur un ton très calme, voir même un peu joyeux. Mais pourquoi diable n'avait elle pas pu faire comme tous les ans ? Pourquoi ? Dés qu'elle revoyait un des endroits qui leurs étaient familier elle se mettait à fondre en larme et restait prostrée durant des heures. Tout le monde était confiant. Cela allait certainement lui passer. Comme pour tout le monde : on chiale un bon coup, on se dit que c'est la vie et tout rentre dans l'ordre... Tout... Dans... L'ordre...
C'est mots là avaient finit de briser son pauvre cœur déjà en triste état. Au fond pourquoi c'était elle attaché à lui ? Ce n'était qu'un garçon... Un garçon... Non. Pas n'importe lequel. C'était celui qu'elle avait aimé de toute son âme. Celui avec qui elle avait songé à fonder une famille... Celui... qui...
Un jet d'eau glacé la ramena à la réalité. Pour plaisanter cet idiot de pachyderme, ce sac à vin poilu, n'avait rien trouvé de mieux que de l'asperger avec le tuyau d'arrosage.
"Connard !"
Elle tenta de se défendre en se réfugiant derrière l'un des plongeoirs, c'était peine perdue. L'homme était bien décidé à la tremper jusqu'aux os à fin de pouvoir mieux contempler ce qui se cachait derrière son T-shirt. Son T-shirt où figurait en orange une bestiole censé être conviviale... Les graphistes n'avaient fait que donner un air encor plus torve et rusé à l'animal qui avait servit de modèle.
Alice avait décidé de travailler dans le parc d'attraction en bordure de sa ville. Elle vivait dans une petite ville portuaire sur la côte atlantique.
La perte d’un être cher l'avait laissé complètement amorphe durant des semaines. On avait du se résoudre à la nourrire sous perfusion. Ils avaient tout tenté pour la réconforter... Puis, finalement, elle était revenue. L’ombre d'elle même, vieille âme meurtrie par le chagrin prisonnière d'un corps juvénile, aigrie.
Mais rien ni personne ne pourrait jamais remplacer son Jules. Elle attendrait simplement que la vie passe. Elle regardait les autre construire des couples, faire des enfants, puis divorcer... Elle ne faisait plus partie de ce monde. C'était devenue au delà du supportable : Jules était mort, cela faisait si mois déjà et il ne reviendrais pas.
La phrase du médecin restera à jamais gravée dans son esprit. Elle avait l'impression que c'est deux mots étaient gravés dans son esprits en lettres de feu : "C'est fini". Lorsqu'elle fermait les yeux elle les voyait encor, dansant devant elle. Lorsqu'elle se bouchait les oreilles pour ne plus entendre la voie du médecin, elle résonnait encor plus fort du plus profond de ses entrailles. Son supplice n'aura de fin que quand son cœur aura enfin cessé de battre.
Elle entreprit d'astiquer le sol en plastique bleu. Il était couvert de crasse. Toutes les saletés c’étaient amassée durant l’hiver et personne n’avait songé à les ramasser. A bout de souffle, Alice fit une pose et passa une main lasse dans ses cheveux blond. Le soleil allait se atteindre son zénith et c’était déjà l’heure de la première représentation de la saison... Quelle plaie.
Alice c’était placé au milieu de la « scène ». La jeune femme devait donner les divers accessoires (cerceaux etc) qui devait servir durant la représentation. C’était interminable !
« Et maintenant, hurlait une voie dans les hauts-parleurs derniers cris, voici notre nouvelle recrue : après le dauphin Flip, le morse Otto voici le superbe, le magnifique, j’ai nommé Speedy l’otarie ! »
A ses mots, l’animateurs ventripotent qui servait de supérieur à la blonde, ouvrit une trappe dans les murs du décor. Il en jaillit un mince éclair noir. L’animal fila dans le bassin en aspergeant tout le premier rang. Alice ne pu retenir un sourire en remarquant la femme complètement détrempée et ivre de rage qui menaçait du point le pauvre mammifère...
Le soir même, alors qu’elle nourrissait les bébé phoques, elle aperçu la petite otarie. Petite c’est asses relatif : un mètre vingt et soixante kilos... Cette dernière avait un comportement étrange. Dans sa petite piscine, il ne cessait de tourner en rond. Alice se rapprocha. L’animal vint à sa rencontre. Elle tendit la main en direction du museau couvert de moustaches. L’animal en profita d’un moment d’inattention pour lui voler son seau de harengs.
Elle le laissa faire. De toute manière elle avait terminé sa tournée et tous les autres était rassasiés... Le mammifère repu se dirigea de nouveau vers elle. S’en suivit un long monologue en langue otarie. Il feulait, grognait et tourné sur lui même... Finalement il s’approcha d’elle et lui mit ses deux nageoires avant sur les épaules comme pour une embrassade et une étreinte chaleureuse. Ses petits yeux d’ébènes pétillaient de malice. Étrangement, cela lui rappelait quelqu’un... LUI...
C’était stupide. Revenant à la réalité elle décida de contacter son supérieur.
« Désolé de vous déranger mais...
-Tu ne me dérange jamais Alice !
-Je me demandais... Quel âge a-t-il ?
-Qui ça ? , demanda il en plissant ses petits yeux porcins
-Speedy ! L’otarie...
-Et bien... Il doit avoir dans les environs de six mois ! Il est bien trop jeune pour toi !!!»
Sur ce, il repartit en riant aux éclats.
Durant les semaines qui suivirent, un véritable lien se tissa entre ces deux êtres. Quelques choses d’incompressible aux yeux des autres. Elle avait retrouvé celui qu’elle aimait. Comment le savait elle? C’était son cœur qui le lui disait. Elle ne comprenait pas comment, mais un peu de son Jules semblait être dans le corps de cet animal...
Le temps passa, paisiblement. Alice apprit tout ce qui concernait la réincarnation, les pourquoi du comment du cycle karmique...
Mais malheureusement cela ne le sauva pas une fois de plus.
C’était lors d’une de leurs dernières représentation. Alors qu’il entrait en scène, l’animal fit une chute, glissa contre une des colonnes romaines du décor et se fracassa la nageoire avant gauche. Oui il était encor en vie, mais il avait ruiné l’ambiance du spectacle ! Quel maudite bête...
La cause de cet accident était plus ou moins directement les produits désinfectants : à long termes ils avaient brûlaient les yeux de l’otarie encor trop jeune pour supporter de telle agressions. Il fut donc décidé (plus tôt que de le faire rentrer en soin dans le cabinais vétérinaire) de l’achever.
Pendant la nuit, on le fit sortir silencieusement de sa cage. On le mena au bassin où l’attendait un petit filet de pêche mal raccommodé...
Le lendemain, pour Alice, se fut de nouveau le malheur. Une tristesse accablante. Elle démissionna.
Quelques années plus tard elle ouvrait son propre parc aquatique aux bannières d’une association de protection des animaux et versa la moitié de ses bénéfices pour faire progresser la recherche contre le cancer.
(Si jamais la personne se reconnait qu'elle me fasse un signe ;) )
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