Lexique :
ANDRAS : Marquis de l’enfer, il est représenté avec le corps d’un ange et la tête d’un hibou. Il tient dans sa main un sabre et chevauche un loup noir.
GREGORI : esprit mineur ne possédant pas d'enveloppe charnel, ils sont chargés de communiquer certaines informations (que cela soit d'anges à humains, vis versa,
d'anges à anges supérieurs, vis versa, d'humains à anges supérieurs ou encore de faire parvenir les nouvelles terrestres à leurs archanges tutélaires).
ASSILUTH : ici substitut du Paradis (terme trop classique et sur exploité), désigne le monde céleste à un haut degré.
"MA PROPRE LANGUE" : il faut comprendre que les anges et leurs antagonistes possèdent chacun leur alphabet (si l'on peut encore parler d'alphabet lorsque celui-ci
est composé de lettres classiques, dites faibles, et de lettres "inédites"-propre à chaque grand élément de la hiérarchie- dites fortes : le tout formant un
total absolument indénombrable) et donc leur propre langage.
***
En cette période de troubles, un groupe de terroriste venait de lancer un ultimatum à la couronne de la Grande Bretagne, menaçant de s'en prendre à la population. Malgré cela
je continuai de vivre ma vie comme je le pouvais, sans me poser de questions, tentant même le Diable en me rendant dans l'œil du cyclone (espérant y être le plus à l'abri comme le dit le
dicton)... Je ne sais pas vraiment se qui m'a poussé à quitter ma tanière et mes (sur)prenantes occupations pour me joindre à mon père et mon frère... Mue mon instinct, sans aucun doute, je
reposais le téléphone sur son combiné en soupirant. Cela serrait sans doute l'occasion nous retrouver en famille.
Les dernière étoiles viennent de s'éteindrent dans le ciel. Quelques
nuages d'un blanc de lait paressent timidement à travers d’un hublot plein de buée. Le ciel tranquille sortait d’une de ces nuits calmes
d’été, tirant vers le rouge, le rose et l’or...
Des cheveux bruns, des yeux gris encore bouffis de
sommeil, un visage d’ange et un corps des plus convenables : tous ces ingrédients étaient répartis sur un boudoir d'un mètre soixante cinq.
Les deux heures que j'avait passé dans
l’avion m’avait endormit et plongée dans une transe d’où il me sembla ressortir
qu’au moment où l’avion se posa et que mon frère me marcha sur le pied. J'eu beaucoup de mal à tenir debout après êtres restée si longtemps
assise... Tirant à grande peine ma lourde valise derrière moi, je lançait lourdement une jambe puis l'autre vers l'avant alors que mon frère et mon père hélaient déjà un taxi.
Mes mains se baladait distraitement dans mes poches , j'y découvrit deux
nougats, et quelques paquets de bonbons... Mes mains rencontrèrent une forme familière ; celle d’un médaillon. Sur celui-ci, vous auriez pu voire un large sceau au nom
curieux " ANDRAS"*.
Un taxi jaune s’avancé vers eux à pas lents,
comme si ses roues avaient été engluées dans un vieux marshmallow. Son drôle de par-choc défoncé lui donnait l'air d'un bulldog renfrogné. J'étouffais une quinte de toux dans mes gants tricotés
main par les soins de ma grand-mère maternelle. Je ne pu m'empêcher de pester contre ces maudits avions dans lesquels il fait toujours trop froid.
Les deux hommes négocièrent leur trajet avec l'anonyme conducteur du
taxi. Tant mieux, pensais-je en baillant allégrement, mon esprit était tellement embrouillé que je ne saurait sûrement pas aligner deux mots sensés dans la langue de ce maudit écrivain qui donna
naissance à Richard I et ses deux successeurs... Voilà que je recommence à divaguer !
Nous avons jeté nos affaires dans le coffre et sommes entré dans ledit
véhicule.
Ce dernier sentait l’encens de jasmin passé, la cigarette froide et l’urine de chien. Ballottée dans les
virages en aiguilles et projetait en avant à chaque feu rouge je tentais de me raccrocher à la réalité en comptant le nombre de voitures rouges que nous croisions... Cela ne fut pas tâche
aisée : la seconde suivant mes pensées, les nuages se crevèrent lourdement et vomirent une quantité innommable de liquide indéterminé sur la capitale de l'Angleterre. Outrée
par le manque de subtilité de la gent céleste à mon égard, j'entrepris de me ronger les ongles.
Cela faisait quatre jours que nous avion reçu l'invitation d'un obscur
ami de mon géniteur, pour passer quelques vacances en Grande Bretagne. Ces vacances en famille me semblaient interminables, et j'avais grande hâte de retourner à mon labeur,
j'espérais donc tirer partie de cette joyeuse escapade en Terra Incognita. J'avait un vague souvenir de cette personne comme un être aux cheveux
noirs, grand et mince. J'aurait donné beaucoup à l'époque pour pouvoir avoir un petit ami aussi beau... Je me rappelait aussi qu'H. parlait très bien le Français, c'est
pourquoi nous avions noué si vite relation (somme toute amicale) la seule fois où nous nous étions entretenus- durant un mariage où les seules personnes à ne pas appartenir au bataillon de
viandes saoules écroulées sur les table furent sa personne et la mienne.
Nous découvrîmes la ville de L. avant la fin du jour. La pluie avait
cessée. Nous nous sommes retrouvé jetés sur un trottoir, sur la place d'un petit village dans la périphérie de Londres. Un vent doux balayait les rues, un gros chat noir passa
la tête en dehors de sa poubelle. Rien ne manqué au stéréotype qui affriande les touristes : c'aurait pu être une carte postale en trois dimensions tellement c'était parfait.
Inexplicablement, je pouvais sentir le regard des centaine de paires
d'yeux braqués sur moi et ma petite famille. Une sorte de vibration hostile faisait vibrer mon tympans intérieur.
" On a l’impression ..., commençais-je
-D’êtres surveillé , finit Benjamin "
Nous avons échangé un regard cordial : nous nous sommes entendu dés le moment où il nous avait fallu coexister.
" Regardez là bas ! Ne voyez vous pas cette magnifique porte art moderne ?, nous questionna joyeusement mon père"
Le voilà qu'il repartait dans ses délires d'antiquaires ! Il avait été
cadre puis commercial par le passé. Puis un jour sans prévenir il avait abandonné son travail pour se concentrer pleinement à sa prime passion : l'objet d'art ancien.
Je ne pouvait s'empêcher de songer que ces ruelles étroites avaient
quelques choses de menaçant. Le bruit des voies basses derrière les portes me parvenait. Mes nerfs étaient tendues à craquer sous ma peau. Les rues étaient désertes. Même les quelques boutiques,
qui avaient proliférées à la manières des mauvaises herbes, étaient closes.
De temps à autres je buttais sur les pavés en relief
d'une ruelle. La croix en argent que j'avait héritée de sa grand-mère paternel me semblais beaucoup plus froide qu'à l'habitude et rebondissait avec moins d'énergie à chacun de mes pas. L'air
sentait une odeur âcre et bizarre, comme les parfums que mettent souvent les dames âgées : suave et infecte... Je pressais avec intensité la poigné de ma valise comme pour m'assurer par la
douleur -mes jointures étaient blanches- que tout ceci n'était pas le produit d'un de mes nombreux et célèbres délires oniriques.
Notre père sortit de nouveau un petit carré de papier froissé glissé
plus tôt dans sa poche.
"Ce n'est plus loin murmurait-il inlassablement ... A gauche, puis en face de la salle des sports...."
Perdu dans un tourbillon de rues, je sentait la nausée puis la panique
prendre possession de mon être. Enfin, au prix de mint périples, nous touchâmes au but ultime de notre inhabituel pérégrination. Dans la lumière déclinante du jour nous vîmes
le fameux logis de notre hôte : c'était un petit manoir prétentieux flanqué de deux grands sapins, aux murs immaculés et aux toit couvert d'ardoises noires, toujours coulé dans le même moule du
stéréotype anglais...
Ce qui me surprit le plus fut qu'il n'était pas à l'image de son
propriétaire. H. - ou tout du moins le souvenir que je m'était fait de lui- était un homme qui avait en horreur les lieux communs et les raisonnements manichéens. Il faut de
tout pour construire un monde me direz vous, mes quant bien même ! En examinant avec désolation cette façade je ne pu qu'imaginer en frissonnant les salons layettes et les boites à biscuits
accompagnant le thé aux quels j'allait devoir faire face... J'étais vraiment déçue par cet aspect banal.
Mon père soupira de soulagement, et s'essuya le front d'un revers de
main et proféra la phrase-ô combien tristement banal :
"Ca y est, nous sommes arrivé, les enfants !"
Non pas que le fait que l'on me qualifia d'enfant me déplu, loin de là,
je concède volontiers que la boite de conserve qui me sert de moyen de locomotion a un aspect juvénile. Mais ces mots me rappelles ces affreuses séries américaines où la famille idyllique et
heureuse, le modèle américain incarné - ou bien notre bonne petite famille Ricoré à nous- se retrouvent confrontés à des événements de nature très sérieuses -voire carrément
dramatique- et je n'en espérais pas autant pour ma petite famille... Néanmoins cela clôtura notre parcours du combattant.
Sans plus attendre, la porte de la baraque s'ouvrit, laissant passer
son corps dans son entrebâillement... H. ne se donna pas la peine de traîner ses DocMarteens jusqu'à nous. L'étaux de ses bras se referma un cour instant sur ma frêle
embarcation. Je fus heureuse de contempler mon reflet tanguer dans la mer d'encre de chine de ses yeux pétillants de malice. Ce contact ne dura que quelques secondes. De nouveau libre de mes
mouvements, je laissai place aux autres...
"Hello ! , hurla-t-il, agitant un bras dans la direction de mon frère et
de mon père restaient au bas du perrons de la bâtisse "
Il émanait de son corps une puissante odeur de fleur (je cru reconnaître
du musc et du lys) .
Mon frère tendait fièrement la main vers lui :
"Comment vas-tu depuis tout ce temps H. ?, demanda -t-il courtoisement en recoiffant habilement ses dreadlocks "
Le susnommé lui répondit par un chaleureux sourire emprunt de
compréhension : échanger des banalités assommantes était un sport familial reconnu et agrée depuis des temps immémoriaux.
Ayant pénétrée dans la maison je pu mesurer avec quelle ampleur nos
aïeux avaient eu le temps de s'y exercer. De même, cela ravit mon père, qui fut rassasier pour sa dose d'expertises d'objet quotidienne. H. est en quelque sorte le conservateur de tous les biens
de valeurs de ma famille ( nous sommes originaires d'Auvergne depuis plus de 400ans). Ainsi sa maison est plus proche du musée ou du reliquaire qu'autre chose. Il vous serrez impossible de
traverser un couloir sans croiser une antiquité plus ou moins branlante et poussiéreuse. L’air y était humide et la tiédeur moite des meubles nous
environnant avait quelque chose de malsain, de visqueux. Cette antre était une sorte de grosse limace baveuse répugnante - de nouveau tout le contraire de son propriétaire.
H. nous fit faire un rapide tours de son domaine, puis nous passâmes à
table. Ce passage fut particulièrement intéressant. Outre le faits que nous y parlâmes des circonstances qui avaient amenées mon père et son ami à se croiser tout au long de leurs voyages à
l'étranger (car c'est lors de son excursion à Chypre, puis à Malte que mon père et H. s'étaient successivement retrouvés et avaient lié connaissance pour ne plus se quitter d'une semelle -
jusqu'à ce que le Destin face encore des siennes et les amènent, à force de temps et de l'habitude, à ne plus se passer leurs coups de téléphone quotidien). Nous y abordâmes également leur centre
d'intérêts communs, extrêmement similaires malgré leur différence d'âge - vingt années les séparés. Nous mangions à belles dents, tous attablés autours d'une somptueuse table
ronde en chêne, et je m'étais mise juste en face de cet homme pour mieux l'observer. Juste par curiosité, voilà tout. Ses yeux, d'une manière inexplicable, me semblaient familiers. Je ne savais
pas vraiment pour quelles obscures raisons ils déclenchaient un tel émoi en ma personne. Pourtant ce n'était pas de l'amour, pas pour l'instant, seulement une sorte de cris de douleur, un
gémissement confus, celui d'un cœur qui hurle au travers des siècles et lance un appel à un être cher qui l'aurait oublié... Toute en songeant à cela, mes yeux avaient voyagés jusqu'à sa
dentition... A en juger par leurs formes pointus, le son de la voix de mon hôte ainsi que sa délicieuse odeur corporel, j'aurais pu jurer qu'il fut mort-né et que son rhésus sanguin fut O
négatif... Ah ! Quel magnifique démon incarné me faisait face !
***
Mes pieds effleuraient délicatement le sol recouvert de
moquette provoquaient un bruit de glissement de fantôme. Nous sortions tout juste du dîner, et H. allait nous attribuer à tours de rôle notre chambre. Les vibrations de
l’air reprirent, rappelant le battement d'un cœur palpitant. Je ne prit pas garde au hurlement véhément de mon instinct qui me conjurait de fuire cet endroit au plus
vite. Ses somations ne furent pas prise en compte : fuire, mais pour dormir où ? Et comment expliquerais-je cela par la suite ?...
H. se retourna furtivement dans le noir, et je pourras jurer que cela
fut pour se délecter de mon visage fiché du masque de la terreur. Il faisait nuit noire et les faibles ampoules des couloirs grésillaient de temps à autre après mon passage. Dans mon dos ! Quel
manque de courage ! Si elles avaient quelque chose à dire, au lieu de pouffer à l'abris de mes regards, elles auraient du trouver le courage de m'affronter, ces impudentes là...
H. ouvrit d'un geste princier la porte située tout au fond du couloir
que nous parcourions.
"Voilà pour toi, belle princesse, j'espère que tu trouveras le logis à ton goût, me dit-il avec prévenance exagérée"
Je découvrit ma chambre : ses murs étaient gris,
elle se composait d'un lit ordinaire, d'un évier et d'une magnifique coiffeuse. Je poussais un soupire de gratitude. Saluant une dernière fois H. et ma famille, je fermais la porte et me laissé
couler jusqu'au sol. Enfin seul ! Tranquillement, j'envoyais valser ma valise et mon second sac. Le tissu de ma chemise blanche frémis, se tendit, puis un
bruit de couture déchirée se fit entendre. De derrière mon dos jaillirent mes ailes. Enfin à l'air libre ! Qu'il est insupportable de passer ses journée dissimulée. Elles se
déplièrent, comme animés d'une vie propre, s'étirèrent, puis revirent se gentiment plier dans mon dos...
J'avais commit une imprudence ! Les volets de la fenêtre qui me faisait
face n'avaient pas était fermés. Tranquillement, je prit mon essor, et me dirigea vers l'objet de mes tracas. Une branche de sapin venait partiellement obstruer l'orifice, me dissimulant à la vue
d'éventuels passants. Apaisée, je l'ouvrit... L'air glacé pénétra violemment dans la petite pièce. J'étai situé en face d'un petit gymnase banal plongé dans l'obscurité la plus totale. Le
bourdonnement avait prit la sonorité de cris ou de paroles étouffées par les eaux. Heureuse de ne plus avoir à jouer la comédie, je laissais venir à moi ce cris. Les tremblement de
l’atmosphère vibrait maintenant tel un chant mystique, une prière solennelle puissante à l'écho glacial. Aussi grandiose que l'angélus, aussi
incompressible que les gazouillements d’un nouveau né. Emplit de promesses de terrifiantes, il courrait partout, comme une sueur froide, une gouttelette
d’eau dévalant le corps... Un grattement acharné, comme si un rat creusait un trou dans le plafond, se fit entendre. Répétitif et emprunt d'une vivacité sauvage,
suppliant par intermittences...
J'agitais mes ailes pour faire savoir à ce petit djinn mon
mécontentement. Sans demander son reste, il partit se réfugier dans un endroit de la bâtisse où il pensait se mettre hors d'atteinte. L'envie de lui faire savoir plus ouvertement mon brûlant
mécontentement vint m'effleurer l'espace d'un instant. Mais le souvenir des mœurs de mon espèce m'interdit de pareil comportement. Ce pauvre petit esprit ne cherchait sans
doute qu'à faire valoir l'Aequilibrium.
Je mit toute mon attention à capter les signaux me parvenant du dehors :
enfin je pu identifier l'odeur qui emplissait les rues de cette ville, celle du souffre. L'inimitable et inégalable vomitif infernal... Comment avais-je pu être dupe ? Il est vrai qu'une fois
dissimulée, je ne peu user de mes dons à ma guise.
Alors que je divaguai depuis une heure déjà, accoudée à la fenêtre,
humant l'air frais, je vis venir à moi un petit gregori*. Non pas que je le « vit », le terme est inapproprié, je le sentit. Il vint à distance raisonnable de ma personne, me salua,
présenta ses respects et entama un long monologue sur le ton le plus ennuyeux et le plus monocorde qu’il me fut permit d’entendre. Distraite je n’ai prêtais attention qu’aux deux premiers vers
:
Dans la fête euphorique
(...) fin sera tragique.
(...)serpent roux est maléfique.
Sans la renverser il ne peu rien, pour survivre déjouer les pièges du Malin.
(..)par la force vaincra, puis pour un temps redescendra,
(...) en empruntant la porte des Enfers son serviteur le
suivra...
Certaines de ces informations me
semblèrent compétemment incohérentes voire dénuées de sens sur le moment. Agacée, je le chassé d'un geste de la main... Désespéré, il mit plus d'ardeur à sa tâche, en vains ; je ne désirai
aucunement prêter attention à ses babillages.
Prise d'une nouvelle quinte de mélancolie, je fouillai mes poches à la
recherche du médaillon. Ce n'était presque rien, juste un bous de métal oxydé, pourtant je ne pouvais m'empêcher de songer sans cesse à mon précieux médaillon, particulièrement dans les
moments de troubles. Objectivement pour moi, s'attacher à un bien matériel est une aberration, pourtant il a fallu que mon cœur s'en amourache pour le souvenir qu'il incarne...
Une fois le petit gregori partit, la solitude m'écrasa de tout son
poids: il ne me restait plus qu'à me coucher. Tant pis pour l'Assiluth *, ils se débrouilleraient bien sans moi ce soir pour garder les Portes de l'Eden.
Alors que je repliait mes ailes sous moi et que je me glissai sous ces
draps râpeux, je ne vis ni n'entendit celui qui aurait du provoquer ma perte, petite ombre noire dissimulée dans un recoin du gymnase, juste en face de ma fenêtre. Je la vit dégainer un téléphone
mobile, composer un numéro, puis coller l'appareil à son oreille... Cette ombre bougea un peu, de manière à dégager son visage de l'ombre. Inconsciemment, mon esprit tenta d'en définir les traits
: je fus accueillit par une vision d'horreur ; son visage était un crâne d'écorché, aux globes oculaires luisants, sa langue ondulait et s'enroulait spasmodiquement...
Folle de terreur, je me réveillait en sursaut : le soleil illuminait la
chambre, explorant tous les recoins restaient jusqu'alors dans les ténèbres. Le jours était levé depuis plusieurs heures à en juger par sa position dans le ciel. Déconcertée, je cherchais à
gauche et à droite un quelconque assaillant, mais rien ne vint troubler le clame des gazouillements d'oiseaux. Tout sourire, j'étirais mes bras jusqu'à sentir mes os craquer...
Satisfaite, j'entrepris de remettre en ordre mes cheveux , d'ajuster ma chemise (et d'en retirer les éventuels plumes qui y serraient restées
accrochées).
D'un pas guilleret, je prit à rebrousse le même chemin que la veille.
Dans les couloirs à la douce moquette, nulle âme qui vive... Je retrouvai, non sans peines, la petite porte de bois banc vernis qui menait à la blanche cuisine. A l'intérieur, j'y découvrit mon
géniteur, affairé à lister les vides greniers dans un tabloïd, mon frère, qui jouait consciencieusement à "petit bateau vogue sur les flots" avec son pain au lait dans l'océan de café que
contenait son bol fleurit. Nulle trace d' H. Encore perdue dans les brumes, je m'assoie tranquillement sur une chaise, marmonne un bref " S'lut", preuve irréfutable que j'ai
bien identifié les deux personnes attablées comme appartenant à mon entourage proche, puis je plonge mon museau dans le café brûlant dûment préparé par mon dévoué frère et ampute sèchement mon
propre pain au lait.
Je fus la dernière à quitter la table, se fut donc à moi de faire la
vaisselle. Ainsi je pu constater qu'elle n'avait pas été faite depuis plusieurs décennie dans cette maison là. Un tas de vaisselles salles, haut comme cinq encyclopédies bien fournies, me faisait
face... Ne me laissant pas impressionnée et n'écoutant que mon cœur, je dénichai facilement une paire de gants roses en caoutchouc, ainsi qu'un peu de savon liquide ( qui traînaient innocemment
sur le rebords de levier). A ce moment là, je pu entendre au fond de mon esprit le rire sardonique de H. Un rire que je ne lui connaissait pas et que pourtant je pouvais entendre très
distinctement.
Alors que je chantonnais parmi la vapeur et les bulles, accoudée à
l'évier, je ne l'entendit pas arriver. Il était là dans mon dos, à cinq centimètres à peine et je pouvais sentir son souffle sur mon cou.
Je fis volte face et le découvrit, assis à la table arrangeant dans un
vase des marguerites fraîchement coupées. Mon désarroi était complet. Jamais je ne me trompai dans mes prédictions, ce fus un grand choc pour mon ego. Étrangement je ressentit une once de
frustration qui vint picoter mon estomac. Je réalisai à peine que j'avais espéré qu'il soit là, tout prés de moi. C'était curieux, vraiment très éloigné de mon comportement habituel, et pourtant
je peu certifier que mes hormones n'avaient rien à voire là dedans.
Une raie de lumière scindait la pièce en deux et nous laissant chacun
dans notre coin d'ombre respectif. Cette lumière avait la couleur du caramel : soit les vitres que les vitres fussent trop sales, soit que le Destin voulu rajouter une note théâtrale à la scène
qui était en train de se jouer. Il était tout à son travail, flattant les pétales ici et là, entrelaçant amoureusement les courbes vertes de leurs tiges... Ses gestes étaient emprunts de millier
précautions et d'une grande touche de dévotion. Il avait les paupières à demi-closes, se qui laissait à peine entrevoir ses prunelles noires.
Ébahie devant un si surprenant spectacle , je continuai à détailler
chacun des élément de cet acte.
Je ne tardai pas à remarquer quelque chose de surprenant dans
l'expression infiniment douce qu'il portait sur son visage, faisant creuser de mignonnes petites fossettes dans le creux de ses joues. Il n'y avait plus rien de l'entité démoniaque que j'avais
décelé chez lui le soir précédent... L'être que je voyais se profiler dans l'ombre et qui avait traité ces végétaux avec tellement de sensualité ne se trouvé être qu'un simple
humain. De nouveau je senti un vague de nostalgie m'envahir. Je la laissai passer en moi avec un certain plaisir, observant avec un amer plaisir le passé regretté.
" Alors, mon petit ange, me demanda-t-il avec un sourire en coin, c'est
donc là l'effet que je te fait ?"
Sa voix sourde m'avait brutalement tiré de mes pensées les plus intimes
- que j'avais oublié de garder au fond de moi et qui flottaient à présent partout dans la pièce, brouillard épais suintant, léchant les murs. J'avais une fois de plus omis de fermer mon esprit -
j'en perd facilement l'habitude car la plus pars de mes fréquentations actuelles ne sont que des humains. J'étais très gênée de ne pas avoir prit mes dispositions, d'autant plus que l'être qui
habitait cette enveloppe semblait puissant et pouvait représenter un danger potentiel.
"Comment pouvez prétendre savoir qui je suis ?, lançais-je du ton le
plus hautain que le permettait mes jambes cotonneuses, ma gorge sèche et mes gants en caoutchouc rose pétunia
- Je te connais Z., dit il à voie basse afin que personne d'autre que moi ne puisse l'entendre, tout le monde te connais en Bas... Ou tout du moins
ton nom l'est... Car les gens de mon espèces qui sont venus à ta rencontre ne sont plus là pour en témoigner."
Le fait qu'il prononça si facilement mon nom dans ma propre
langue *, sans commettre la moindre erreur, me fit l'effet d'un courant électrique parcourant mon cerveau. L'odeur de son corps commençait à envahir doucement la pièce. Je commençai à
reprendre peu à peu mes esprits et à réintégrer totalement "mon"corps...
"Je te félicite, démon, pour ta grande agilité d'esprit, murmurais-je sur un ton égal, ou plus tôt je te condamne pour les âmes innocentes que tu as du torturer pour obtenir ce
renseignement...
-Pourquoi donc me serrais je donné la peine de torturer alors qu'il me suffit d'un geste pour obtenir une réponse dans l'instant ?... Quoi que, se reprit-il avec malice, cela
pourrait être amusant...
-Qui donc prétend tu êtres ?, enchaînais-je rapidement pour mettre rapidement cette conversation en ma faveur
-Ne le sais-tu donc pas, Petit Seigneur des Anges ?"
Vexée, je voulue pénétrer de force son esprit. Ce dernier était
malheureusement bien fermé et aussi hermétique que ces maudits fruits de mer que l'on mange les soirs de réveillons. Furieuse je me mit à débiter tout le palmarès des enragés aux quels j'avais du
faire face durant ces dernières années. Comme je ne constatai aucunes réactions de sa part, j'entreprit de dresser l'inventaire des dernier deux cent ans... Puis lorsque j'eu exposé tout mes
adversaires au grand jour ,en révélant leurs nom véritable, je fini par me trouver fort dépourvue et plus perplexe qu'auparavant.
"Comment peu tu espérer trouver mon nom ? Même en Enfer on me croit mort... , je l'observai complètement déconfite, alors qu'il poursuivait tranquillement, Ce qui techniquement
est le cas !"
Cette dernière réplique me laissa sans voix. Les bras ballants le long
du corps, je sentait le liquide chaud et savonneux me courir lamentablement sur les jambes... Nous ne nous regardions pas. Nos âmes seules étaient en contact, dans une lutte effrénée pour la
domination. Soudain je me rendis compte à quel point je le désirai, quel point toute mon âmes appelée sa sœur damnée... Alors que le mot fatidique qui scellerait mon karma aller franchir mes
lèvres, un brusque courant d'aire fit éruption dans la salle : dans un tourbillon de papier journaux mon père entra en trombe dans la cuisine, mettant un terme à notre discussion. Il laissait
éclater sa joie au sujet d'une soirée dansante organisée le soir même... Quelle plaie !
Je t'entai d'harponner H. du regard : il avait retrouvé en un instant un
aspect naturel et décontracté. Passablement écœurée d'un jeux si fin et sirupeux, je ne pu retenir le froncement réprobateur de mon nez. H., ou plus tôt
celui qui empruntait le corps de cet homme là, s'en aperçut et gloussa de contentement.
J'était dans le même état que l'assaillant d'un château qui se serrait
reçu une marmite d'huile bouillante en pleine figure. Personne n'avait le droit de me traiter de la sorte, personne !
"Alors ça !, explosai-je ... de joie, Quelle idée fantastique !
- Et comment mon poussin géant !, rayonna mon géniteur, c'est une nouvelle occasion pour toi d'entamer un de tes célèbres marathons folkloriques... "
Le regard brillant de mon père en disait long. Il faut dire que je ne
supporte pas de m'ennuyer et que je suis quelqu'un d'extrêmement extravertie, vous l'aurez deviné certes. Mais il faut ajouter que je deviens une amie de la boisson, lorsque des esprits mal
tournés viennent à glisser un verre entre mes doigts... C'est idiot. E particulier lorsque vous êtes en Bretagne (pays des biscuits secs dégoulinants de beurre) et que le
chouchen coule à flot. Mon père espérait donc pouvoir de nouveau avoir le spectacle attendrissant de sa fille se lançant gaiement, tout en tenant toujours son verre à la main, dans une ronde
endiablé de personnes en costumes traditionnels... Là s'arrête le délire....
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Ils savaient que j'étais là depuis le début. Je n'avais pas effectué mes
heures de permanence habituelles et j'avais eu le malheur de négliger l'avertissement du petit gregori : dommage pour moi. En tous cas, je su plus tard que durant cette après-midi là, un renfort
parvint pour se joindre à l'ombre que j'avais surprise tout prés de ce fameux gymnase...
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